Séminaire - « Imaginaire(s) en traduction » - Langues, textes, images : Traduire et adapter pour un public jeunesse - L. DÉOM & M. PERRIER
SéminaireImaginaire(s) en traduction
Journée d’études 3
Langues, textes, images :
Traduire et adapter pour un public jeunesse
Journée d’études co-organisée par Laurent DEOM (ALITHILA) et Marie PERRIER (CECILLE)
9h30-10h15 : Bounthavy Suvilay (MCF, Université de Lille / ALITHILA et traductrice) : « L’imaginaire sous contraintes : la traduction des mangas et webtoons à l’épreuve de la matérialité »
10h20-11h05 : Julie Loison-Charles (MCF, Université Paris Sorbonne / Prismes) : « La relation texte-image dans la littérature jeunesse américaine au prisme de la traduction ».
11h10-11h30 : pause
11h30-12h15 [zoom] : Jean-Louis Tilleuil (professeur émérite, Université de Louvain-la-Neuve) : « Dans le fond de l’image, on transforme, on transpose, on transmédie ».
12h20-14h00 : Pause déjeuner
14h-14h45 : Matthieu Freyheit (MCF, Université de Lorraine / LIS) : « Habitats et environnements consommables : de Heidi au Heidiland »
14h50-15h35 [zoom] : Geoffroy Brunson (chercheur associé, Université de Lille) : « Le monde dédoublé : de l’herméneutique et de la traduction, au départ du Seigneur des Anneaux (J.R.R. Tolkien) ».
15h35-15h45 : pause
15h45-16h30 [zoom] : Audrey Coussy (Associate Professor, Université McGill) : « Chair de poule et peur bleue : traduire la littérature jeunesse d’horreur »
16h30-17h : conclusions
Journée d’études III : argumentaire
Cette troisième journée portera spécifiquement la place et le rôle de l’imaginaire dans les processus de traduction des produits culturels destinés à un public jeunesse, tant dans le domaine de la littérature et de l’édition que dans celui de l’audiovisuel. La particularité de ce public cible induit des questions de représentation, tant par l’image que les industries culturelles et les créateurs se font de leur public que par la forme que prennent les genres qui leur sont dédiés. Certains genres spécifiques se construisent en France essentiellement par le biais de transferts culturels de modèles étrangers, permis par la traduction (manga, genre horrifique). Les interventions pourront inclure une dimension intermédiale et intersémiotique, en interrogeant la place de l’image et de la manière dont celle-ci accompagne ou dédouble les textes pour la jeunesse, dans le domaine de la BD comme de l’album illustré.
Résumé des interventions
Bounthavy Suvilay : « L’imaginaire sous contraintes : la traduction des mangas et webtoons à l’épreuve de la matérialité »
Cette intervention explore comment les contraintes matérielles des supports influencent fondamentalement la traduction des mangas et webtoons. Pour le manga papier, le sens de lecture, la taille des bulles et le traitement des onomatopées ont imposé des stratégies d’adaptation radicales (retournement, réécriture). Avec le webtoon numérique, c’est le défilement vertical, l’adaptabilité technique et l’économie de la vitesse qui redéfinissent les choix de traduction. Une analyse comparée révèle ainsi comment le support physique ou digital façonne en profondeur la transmission de l’imaginaire au jeune public francophone.
Maîtresse de conférences à l’Université de Lille (URL 1061-ALITHILA) et spécialiste de la culture populaire japonaise (manga, jeu vidéo, animation), Bounthavy Suvilay s’intéresse à la production, la circulation et la réception des objets culturels issus de licences transmédiatiques. Dans une approche pluridisciplinaire, elle étudie l’émergence de la culture juvénile liée au manga en France dans une perspective historique. Ses travaux explorent aussi les interactions entre la littérature jeunesse et d’autres formes artistiques à travers la poétique du support, montrant comment technologies, réputation des médiums et facteurs économiques influencent la création et la réception des œuvres.
– La Culture manga : origines et influences de la bande dessinée japonaise, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2021.
– « Le “Cool Japan” made in France : réappropriation du manga et de l’animation japonaise (1978-2018) », Ebisu [en ligne], no 56, 2019.
– « Traduire les best-sellers du manga : entre “domestication” et “exotisation” », Revue critique de fixxion française contemporaine [en ligne], no 15 | 2017.
– « Les mangas : faire entrer les lectures privées à l’école et les constituer en objets littéraires », Le Français aujourd’hui, no 207, 2019, p.79-91.
Julie Loison-Charles : « La relation texte-image dans la littérature jeunesse américaine au prisme de la traduction »
En littérature jeunesse, le rôle de l’image est souvent primordial, notamment quand on parle de jeunes enfants : en effet, avant de savoir lire du texte, l’enfant peut lire une image. De manière plus nuancée, José Yuste Frias souligne la complémentarité entre le texte et l’image. Dans mon intervention, je m’intéresserai en particulier à la littérature de jeunesse américaine et j’utiliserai des textes fondateurs, mais accessibles, de la traductologie pour explorer trois axes. Tout d’abord, j’aborderai les différentes modalités de cohabitation entre texte et image et comment le texte peut ou non être traduit, et pourquoi. Puis, je montrerai quelques cas où la traduction réécrit légèrement, voire fortement, le texte, en prenant appui sur les illustrations. Finalement, je ferai une étude de cas plus ciblée sur ce qui est certainement le plus grand texte de littérature jeunesse aux États-Unis, à savoir Le Magicien d’Oz, à la fois pour souligner les choix des éditeurs lorsque le texte est traduit en français, mais aussi pour montrer l’impact que sa traduction à l’écran a eu sur les livres et albums publiés en France.
Julie Loison-Charles est Maîtresse de Conférences HDR en traduction à l’Université Sorbonne Nouvelle. Sa recherche porte principalement sur le multilinguisme en traduction littéraire et audiovisuelle. En littéraire jeunesse, elle a publié un article sur la traduction de la contrainte dans quelques classiques britanniques et un autre sur la traduction russe par Vladimir Nabokov du classique de Lewis Carroll, Alice’s Adventures in Wonderland. Ses deux premières traductions en littérature jeunesse paraîtront en 2026 chez On ne compte pas pour du beurre (Too bright to see, de Kyle Lukoff) et Oxalide Editions (Tibs The Post Office Cat, de Joyce Dunbar).
Jean-Louis Tilleuil : « Dans le fond de l’image, on transforme, on transpose, on transmédie »
L’intervention vise à mettre en évidence la spécificité ontologique de l’image d’être toujours mise pour d’autres images ou d’autres textes. Le corpus retenu, à savoir la première vignette du tome 2 de la bande dessinée Le Sursis, de Jean-Pierre Gibrat (Marcinelle, Dupuis, coll. « Aire libre », 1999), donne l’occasion d’étudier un cas exemplaire d’interprétance (au sens peircien du terme) où les dimensions textuelle, iconique et plastique de l’image dessinée sont impliquées dans un processus complexe d’hypertextualité/iconicité.
Jean-Louis Tilleuil est professeur émérite à l’UCLouvain. Il dirige le Groupe de Recherche sur l’Image et le Texte (INCAL/UCLouvain). Avec Catherine Vanbraband et Laurent Déom, il est responsable de la collection « Texte-Image ». Il est également chargé de cours à l’Université de Lille, dans le cadre du master Littérature de jeunesse.
– Michel PORRET, Fabrice PREYAT, Olivier ROCHE et Jean-Louis TILLEUIL (dir.), Tintin aujourd’hui : images et imaginaires, Genève, Georg éditeur, coll. « L’Équinoxe », 2021.
– Jean-Louis TILLEUIL, « Hergé et François Bourgeon : deux auteurs clés de la bande dessinée francophone. Pour en apprendre sur la transformation des systèmes de valeurs au xxe et au xxie siècles », dans Luc COURTOIS et Jean PIROTTE (dir.), Du passé, faisons table rase ? : la transmission des valeurs citoyennes aux jeunes de Wallonie, Louvain-la-Neuve, Fondation wallonne P.-M. et J.-F. Humblet, 2022, p. 217-237.
– Tomasz SWOBODA et Jean-Louis TILLEUIL (dir.), Raconter, un acte culturellement marqué, Louvain-la-Neuve–Paris, Academia-L’Harmattan, coll. « Texte-Image », 2023.
– Jean-Louis TILLEUIL, « Le diable est dans les détails… ou en tout cas pas où on l’attend. Pour une relecture critique d’une diabolisation féminine : Jade, Kim et Miranda dans la suite Djinn, d’Ana Miralles et Jean Dufaux (13 albums, Dargaud, 2001-2016) », dans Nicolas DIOCHON et Philippe MARTIN (dir.), Le Diable dans la BD, Paris, Karthala, coll. « Esprit BD », 2024, p. 109-139.
– Jean-Louis TILLEUIL (dir.), L’Éternité selon Hergé : autopsie d’un succès, Paris, Karthala, coll. « Esprit BD », 2025.
– Jean-Louis TILLEUIL, avec la collaboration de Catherine VANBRABAND et Laurent DÉOM,
De pages et d’images : carnets d’un chercheur, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2025.
Matthieu Freyheit : « Habitats et environnements consommables : de Heidi au Heidiland »
Il n’est pas nouveau que les auteurs aient encouragé, voire initié quelque élan touristique — ainsi George Sand n'est-elle pas innocente du Berry, comme Alain-Fournier a commis la Sologne. Les personnages de fiction participent eux aussi d’une pratique désormais courante de fiction-induced tourism selon un principe de transposition qui n'est pas sans interroger les relations entretenues entre les pouvoir des lieux et ceux du récit. Parmi la galerie des personnages visitables, l’icône suisse Heidi se révèle un cas intéressant pour saisir les modalités selon lesquelles la fiction colonise le réel et s’y installe, adaptée en medium touristique consommable.
Matthieu Freyheit est maître de conférences en Études culturelles à l’Université de Lorraine. Il est l’auteur d'une thèse consacrée à la figure du pirate soutenue en 2013 et dirige la revue en ligne Cultural Express.
Geoffroy Brunson : « Le monde dédoublé : de l’herméneutique et de la traduction, au départ du Seigneur des Anneaux (J.R.R. Tolkien) »
Le champ littéraire de la fantasy est très largement structuré par la production anglo-américaine ; dès lors, les chercheurs francophones qui lui consacrent leurs travaux sont fréquemment amenés à s'appuyer sur des traductions. Au départ d’exemples concrets, tirés de The Lord of the Rings et de ses deux traductions françaises, notre intervention examine les écueils et les opportunités inhérents à l’étude d’une œuvre en traduction, met en évidence les mécanismes d’un processus interprétatif à trois voix, et insiste sur la nécessité, dans le cadre d’une praxis herméneutique, d’une coexistence de l’œuvre et de sa traduction.
Docteur en Langues, lettres et traductologie de l’UC Louvain, Geoffroy Brunson est chercheur associé auprès d’ALITHILA (Université de Lille) et membre du Groupe de recherche sur l’image et le texte (INCAL/UCLouvain). Ses travaux, qui portent sur l’œuvre de J.R.R. Tolkien, et plus largement sur les imaginaires littéraires, articulent la phénoménologie, l’herméneutique et l’anthropologie philosophique.
Audrey Coussy : « Chair de poule et peur bleue : traduire la littérature jeunesse d’horreur »
La littérature jeunesse d’horreur nait dans le monde anglophone durant les années 1980 et arrive en France au cours des années 1990 grâce à des collections dédiées telles « Chair de poule » (1995-2001) et « Peur bleue » (1997-2001), exclusivement constituées de traductions depuis l’anglais. La traduction joue ainsi un rôle central dans la diffusion de cette littérature en France en contribuant à y construire un architexte horrifique inédit (Genette définit l’architexte comme « l’ensemble des catégories générales, ou transcendantes – types de discours, modes d’énonciation, genres littéraires, etc. – dont relève chaque texte singulier », 1982, p. 7). À travers les exemples de « Chair de poule » et de « Peur bleue », nous verrons dans cette communication comment le genre horrifique constitue dans la décennie 1990 son identité auprès des lectorats enfant et adolescent français, revendiquant une horreur spécifique pour la jeunesse et profondément influencée par la culture américaine. Notre analyse s’intéressera aux choix éditoriaux (sélection des romans, couvertures, 4e de couverture) ainsi qu’à un échantillon représentatif de choix traductifs au sein des textes mêmes.
Audrey Coussy est Associate Professor en traductologie à l’Université McGill (Canada). Ses recherches portent sur la littérature d’enfance et de jeunesse et sur la théorie et la pratique de la traduction littéraire. Ses publications récentes abordent entre autres la traduction des personnages autistes en littérature jeunesse, de la littérature jeunesse d’horreur et des albums jeunesse avant-gardistes. Elle est également traductrice littéraire depuis une quinzaine d’années.