Séminaire - « Imaginaire(s) en traduction » - Traductions et (ré)écritures des imaginaires à l’écran - M. PERRIER & M. TOULZA

Séminaire
Université de Lille, Campus Pont-de-Bois, Maison de la Recherche, salle des colloques

Imaginaire(s) en traduction

Journée d’études 2

Traductions et (ré)écritures des imaginaires à l’écran

Journée d’études co-organisée par Marie PERRIER et Mikaël TOULZA (CECILLE)

9h30-10h15 : Alan Van Brackel (doctorant, Université Sorbonne-Nouvelle / PRISMES) : « De ‘Call me Ishmael’ à ‘Mettons’ : traductions et réécritures de l’imaginaire melvillien en bande dessinée ».

10h20-11h05 : Joséphine Grébaut (doctorante, Université Paris-Nanterre / CREA) : « Réécriture ou surécriture ? Mythes et projections dans les films et séries sur Hollywood des années 2010 »

11h10-11h30 : pause

11h30-12h15 : Camille Noël (jeune docteure et traductrice audiovisuelle) : « Erreur culturelle et sous-titrage : comment les erreurs d’adaptation nuisent à la réécriture de l’imaginaire culturel canadien du film Bon cop bad cop d’Erik Canuel (2006) ».

12h20-14h00 : Pause déjeuner

14h-14h45 : Valeriya Chumachenko (doctorante, Université de Lille / CECILLE) : « Between the Archives and the Screens: Translating the Imaginaries of Restored Films  ».

14h50-15h35 : Reglindis De Ridder (MCF, Université de Lille / CECILLE) : « Turning PJ Masks into PJ Heroes: The challenges of analysing a multilingual audiovisual translation corpus ».

15h35-15h45 : pause

15h45-16h30 : Andie Rousseaux (auteur-adaptateur de doublage) : « Traduction-adaptation de la langue non genrée dans les œuvres de fiction audiovisuelles ».

16h30-17h : conclusions

Journée d’études II : argumentaire

Cette deuxième journée interrogera la manière dont la traduction audiovisuelle participe à la transformation, la circulation et la réécriture des imaginaires culturels. À travers l’étude de différents supports — du doublage et du sous-titrage aux procédés d’adaptation filmique compris dans leur acception large —, les interventions mettront en lumière la tension entre fidélité linguistique et recréation culturelle. Il s’agira d’observer comment les voix, les registres ou les références locales façonnent la réception d’un récit et, parfois, redéfinissent l’univers qu’il construit. Les communications exploreront ainsi la plasticité de des imaginaires audio-visuels, qu’il s’agisse de transposer l’univers littéraire de Moby Dick, de recontextualiser des classiques hollywoodiens, de faire dialoguer des humours nationaux ou de rendre audibles des langues minoritaires. Cette journée invitera à penser la traduction audiovisuelle comme un lieu de négociation permanente entre cultures, époques et sensibilités.

Résumé des interventions

Alan Van Brackel : « De ‘Call me Ishmael’ à ‘Mettons’ : traductions et réécritures de l’imaginaire melvillien en bande dessinée »

Cette communication propose d’interroger le rôle structurant des problèmes de traduction dans les processus d’adaptation et de réécriture des imaginaires littéraires, à partir d’un corpus de bandes dessinées françaises contemporaines en dialogue avec Moby-Dick. En prenant notamment appui sur le diptyque Grands Anciens de Jean-Marc Lainé et Bojan Vukic, qui croise Melville et Lovecraft, il s’agira de montrer comment des traductions canoniques, fautives ou discutées (Giono pour Melville, Le Dain pour Lovecraft) deviennent des matrices créatives pour les auteurs. Loin d’être de simples erreurs, ces « malentendus » orientent les choix narratifs, esthétiques et intertextuels, et conditionnent la réception des œuvres. La communication élargira l’analyse à d’autres bandes dessinées du corpus afin de montrer que la traduction, comprise comme médiation culturelle et populaire, joue un rôle central dans la réécriture des imaginaires transatlantiques et dans leur circulation entre texte, image et écran.

Photographe et ingénieur d’étude, Alan Van Brackel est titulaire d’un master en sciences de l’information et d’un master d’anglais. Doctorant à l'Université Sorbonne Nouvelle, il travaille sous la direction de Ronan Ludot-Vlasak sur l'intertexte littéraire dans la pop culture. Son projet de thèse s'intitule : « 'Si le monstrueux ne se représente pas, il se signifie' : l’imaginaire visuel melvillien en France » et concerne particulièrement les adaptations de Moby-Dick dans la bande dessinée.

Joséphine Grébaut : « Réécriture ou surécriture ? Mythes et projections dans les films et séries sur Hollywood des années 2010 »

Dans les années 2010, les représentations de l’industrie du divertissement américain continuent de mobiliser les mythes ayant participé à la construction de l’imaginaire hollywoodien. En plein questionnement sur les inégalités de pouvoir intégrées au système de production de la culture populaire, les réalisateurs des films et séries sur Hollywood affichent une volonté de réécrire les récits qui portent en eux des violences sexistes, racistes ou homophobes. On s’attachera ici à examiner les mécanismes narratifs et idéologiques de cette réaction. En effet, les fictions sur Hollywood sorties dans la période sont exclusivement des productions d’hommes, dont la conscience affichée de leurs propres privilèges ne conduit pourtant pas à un véritable renouvellement de l’imaginaire hollywoodien. Le propos sera notamment illustré par l’exemple de Hollywood de Ryan Murphy (Netflix, 2019). On verra la manière dont la série cherche à établir, sur le papier, une réécriture de l’histoire hollywoodienne par ses marges tout en conservant, dans les faits, la projection d’un imaginaire dominant sur le star system.

Joséphine Grébaut est actuellement doctorante à l’Université Paris-Nanterre, sous la direction d’Anne-Marie Paquet-Deyris. Son projet s’intitule « L’Usine à Rêves Hollywoodienne : Fantasmagories et Réalités Alternatives dans les Films et Séries des années 2010 ». Ses recherches explorent la violence et la paranoïa des représentations d’Hollywood au cinéma et à la télévision dans le contexte politique et culturelle de l’ère post-Obama. Elle s’appuie sur les travaux récents de Quentin Tarantino, David Cronenberg, Nicolas Winding-Refn, David Robert Mitchell, Gregg Araki et Ryan Murphy. Son article « Rewriting a silencing system: the superficial activism of Ryan Murphy’s Hollywood (2020) » est sur le point d’être publié dans un numéro spécial du Film Journal dédié aux politiques du bruit et du silence dans les productions hollywoodiennes contemporaines.

Camille Noël : « Erreur culturelle et sous-titrage : comment les erreurs d’adaptation nuisent à la réécriture de l’imaginaire culturel canadien du film Bon cop bad cop d’Erik Canuel (2006) ».

Le film d’action Bon cop bad cop, réalisé par Erik Canuel en 2006, est unique en son genre, car il s’agit d’une comédie bilingue qui comporte des dialogues non seulement en anglais, mais aussi en français canadien. Le ressort comique principal, proche de celui de L’Arme fatale (Donner, 1987) repose sur l’affrontement entre Martin, un policier ontarien très scrupuleux incarné par Colm Feore et David, un policier québécois aux méthodes peu orthodoxes incarné par Patrick Huard. Tout les oppose et pourtant ils doivent unir leurs forces afin de retrouver un tueur en série qui s’attaque aux membres de la communauté du hockey. Ce scénario met donc en œuvre de nombreux stéréotypes sur les « Deux solitudes », comme les nomme Hugh MacLennan dans le roman du même nom, qui reposent souvent sur le lexique canadien anglophone et francophone. Si la version sous-titrée au Québec rend parfaitement en français les blagues et références à la culture canadienne, la version sortie en Europe, sous-titrant l’intégralité des dialogues (en anglais et en français), échoue à restituer l’intégralité des référents culturels. Nous montrerons dans notre intervention en quoi ces erreurs de sous-titrage peuvent nuire à la restitution des éléments culturels qui ont contribué au succès du film au Canada.

Camille Noël est docteure en langues, lettres et traductologie et en littératures comparées de la Faculté de Traduction et d’Interprétation de l’Université de Mons (Belgique) et du laboratoire Descripto de l’Université Polytechnique Hauts-de-France. Ses recherches sur l’adaptation des spectacles d’humour québécois en Europe et sa pratique multilingue du stand-up à Bruxelles lui permettent d’étudier les aspects théoriques et pratiques de l’adaptation culturelle de l’humour.

Valeriya Chumachenko : « Between the Archives and the Screens: Translating the Imaginaries of Restored Films »

This presentation examines how restored films travel from archives to contemporary audiences through the work of translators. Film restoration creates a renewed version of the film’s original imaginary — one that is both historical and contemporary. When subtitlers translate these films, they must operate in a hybrid space: working with unstable sources, reconstructed dialogues, and period-specific language, while still meeting modern subtitling standards. Drawing on questionnaire responses from translators, this talk explores how they navigate this duality — translating a film from another era while addressing a modern audience. In this sense, translation becomes the final act of restoration, shaping how revived cinematic imaginaries are understood, culturally adapted, and brought back to life on screen.

Valeriya Chumachenko is a Russian-English translator and the winner of the 2018 Young Literary Translator Award by the Institute of Russian Literature. After earning a Master’s degree in Film Studies from Université Paris Cité to deepen her expertise as a film translator, she is now pursuing a doctorate at Sorbonne Nouvelle. Her research focuses on the retranslation of restored films and the evolution of subtitling practices, examining how cultural and stylistic shifts influence the adaptation of cinematic works for contemporary audiences.

Reglindis De Ridder : « Turning PJ Masks into PJ Heroes: The challenges of analysing a multilingual audiovisual translation corpus »

Audiovisual translation scholars continue to search for adequate ways to tackle the challenges of analysing audiovisual media and their translations. Such analyses indeed need to take into account the co-occuring communication channels in audiovisual media to adequately reflect their intertwinedness in these translations. Together with colleagues, we decided to combine our expertise in Audiovisual Translation Studies, Multimodality Studies, Social Semiotics, Translation of Children’s Literature and Corpus Linguistics, to take up the challenge of analysing a multilingual audiovisual translation corpus. In this presentation, I will discuss our methodology and analysis of the Swedish and Dutch dubbed versions of the animation series PJ Masks: Pyjamashjältarna [Pyjamas heroes] and Pyjamahelden [Pyjamas heroes]. In our comparative analysis, we used multimodal transcription grids, but also corpus analysis tools to study the multimodal gender portrayal of the main characters in all three language versions. In the light of ongoing criticism of children’s animation, regarding gender stereotyping and a lack of diversity, this translation analysis focused particularly on potential changes in gender representation in the dubbed versions.

Reglindis De Ridder obtained her PhD from Dublin City University with a dissertation on the subtitling policy of the Flemish public broadcaster. From 2018 to 2020, she conducted postdoctoral research into audiovisual translation for children and minority languages in the Low Countries and Sweden at Stockholm University. Her research interests include sociolinguistics, audiovisual translation, and corpus linguistics. Since 2024, she is working as a Maîtresse de conférences in Dutch Studies at the Université de Lille.

Andie Rousseaux : « Traduction-adaptation de la langue non genrée dans les œuvres de fiction audiovisuelles »

L’intervention permettra d’envisager la diversité des pistes méthodologiques en sous-titrage et en doublage afin de traduire le plus fidèlement possibles les représentations non-binaires dans les œuvres de fiction, tout en respectant les contraintes spécifiques au secteur. Il s’agira un examen des solutions proposées par les professionnels du milieu et d’une exploration de l'approche néologique.

Andie Rousseaux est adaptateur en doublage. Formé à la traduction-adaptation audiovisuelle dans le master MéLexTra de l’université de Lille, Andie adapte maintenant des dialogues et des chansons pour le doublage depuis l’anglais et l’allemand, avec une spécialisation dans l’humour et la culture queer. Il est également intervenant en doublage au sein du master et consultant en adaptation de la langue non genrée. Quelques projets de sa filmographie : Helluvaboss (Prime Vidéo, 2025), Surcompensation (Prime Vidéo, 2025), The Better Sister (Prime Video, 2025), C*A*P*T*I*F*S (M6, 2023), Reno 911 (Comedy Central, 2023), Everything Now (Netflix, 2023) GLAMOUROUS (Netflix, 2023), Dance Brothers (Netflix, 2023), Maggie (Disney+, 2022)