Soutenance - Diana Requena Romero
Soutenance de thèseNous avons le plaisir de vous convier à la soutenance de thèse de Diana Requena Romero. Elle présentera son travail intitulé : « La représentation des personnages féminins dans les nouvelles de Boris Vian » dirigé par Florence de Chalonge (Université de Lille) et Adela Cortijo (Université de Valence, Espagne).
Résumé :
Cette thèse propose une analyse des modalités de représentation, de construction et de fonction des figures féminines dans les nouvelles de Boris Vian. Elle s’articule selon trois parties : typologie des personnages féminins, analyse de leur rôle dans la narration et exploration de leur dimension thématique et symbolique avec une perspective sociologique. La première partie explore la nomenclature des personnages féminins et montre que ceux-ci sont désignés soit par un patronyme, soit par des étiquettes sociales. Les procédés de création nominale participent à la caractérisation des personnages et à la tonalité humoristique ou sarcastique du récit. L’étude des
portraits distingue prosopographies, éthopées et l’association des deux, révélant une attention marquée pour l’apparence et le corps féminin, au détriment de l’intériorité. Cependant, si ceci est le cas également pour les personnages masculins, la perspective adoptée est différente : les personnages féminins sont sous le regard masculin. Leur corps est fragmenté et érotisé. L’identité féminine s’exprime aussi par l’esthétique vestimentaire et la perception de son corps, qui met en évidence une dynamique du désir et de la vulnérabilité. Les figures féminines se déclinent entre rôles traditionnels et transgressifs : la mère partagée entre dévouement et souffrance ; la prostituée et la femme monstrueuse, qui incarnent la marginalité ; et la pin-up et la garçonne qui renvoient à des modèles esthétiques et sociopolitiques caractéristiques de l’époque. La deuxième partie examine la place et le rôle des personnages féminins dans la structure spécifique des nouvelles, caractérisées par la brièveté et la condensation narrative. Les incipits vianesques reprennent certains traits du traditionnel in medias res, tout en les infléchissant vers une familiarité a priori rassurante à laquelle participe également le personnage féminin. Les explicits, dans leurs différentes variantes, se réduisent fréquemment à une phrase déstabilisante qui trouble le lecteur. Le narrateur des nouvelles occupe une place prépondérante, fusionnant avec le personnage masculin et instaurant une forme de male gaze littéraire qui observe le corps féminin en le fragmentant selon une logique proche du dispositif filmique. Quant au rôle des personnages féminins, ils occupent majoritairement des positions secondaires, tertiaires, voire de figuration ; toutefois, cette marginalité ne les empêche pas d’agir comme des catalyseurs de l’intrigue ni d’acquérir une forte amplification symbolique. La troisième partie aborde les tensions qui structurent les rapports de genre : d’une part, la fascination et le désir du personnage masculin pour le féminin ; d’autre part, les dynamiques de pouvoir entre les genres ; enfin, les formes d’altérité à l’œuvre dans la construction des personnages. Les figures féminines oscillent entre la femme chassée, soumise aux conventions de séduction et à la domination masculine, et la femme chasseresse, séduisante et prédatrice, capable de déjouer les rapports de pouvoir. Le corps féminin demeure néanmoins largement réifié et sexualisé, présenté comme objet de désir et intégré à des réseaux sensoriels et métaphoriques qui le rapprochent d’un objet consommable. L’univers vianesque s’organise ainsi selon une hiérarchie où tout ce qui ne correspond pas à la figure masculine conforme aux normes patriarcales relève de l’Autre. Cette altérité installe une « inquiétante étrangeté ». Enfin, l’analyse du « langage-univers », de l’absurde et de l’humour noir confirme que les personnages féminins échappent en grande partie aux effets dérisoires qui frappent les protagonistes masculins, demeurant principalement objets de désir, de fascination ou de répulsion. La thèse conclut que les personnages féminins sont indispensables au fonctionnement narratif et symbolique, tout en incarnant une figure marquée par l’opacité, la métamorphose et l’ambivalence.